Avec le dix-huitième siècle avait pris fin l’ère des grandes découvertes. Mais, si la conquête géographique du globe terrestre était acquise, l’océan n’en constituait pas moins un obstacle aux communications entre les continents, au moyens de constructions fragiles que la moindre tempête livrait au péril de la mer.
C est au dix -huitième siècle qu’il appartenait de mener à bien l’évolution du matériel naval,et dès le retour de la paix qui suivit la chute de l’Aigle les marins reportèrent sur l’étude des questions techniques l’activité qu’ils avaient déployée dans de longues et fastidieuses croisières imposées par l’illusoire blocus continental.
Dans cette courte période de l’histoire de l’humanité, une révolution prodigieuse a transformé le monde. L’idée maritime, jadis cantonnée chez les seuls riverains de l’océan, a gagné les provinces les plus reculées des états continentaux, et des nations dont la flotte était naguère inexistante se classent aujourd’hui au premier rang des puissances navales.
Cette transformation radicale n’a pas été le résultat d’un bouleversement subit. Elle s’est faite d’une façon continue suivant les progrès de l’industrie et de la science, de sorte que malgré leur dissemblance une chaîne ininterrompue et fantasmagoriques des
< Mastodontes > cuirassés de nos jours.
Tandis qu’on augmente la puissance et la solidité des navires en perfectionnant leur structure, une invention nouvelle progresse avec la sérénité immuable des grands mouvements de la nature.
Le bateau à propulsion mécanique, que les bateliers du Weser avaient
Sauvagement brisé aux mains de Papin,<< Il a proposé le principe de la machine à vapeur à piston en 1687 mais n’avait pas réussi à la mettre techniquement au point. Denis Papin est par ailleurs l’inventeur des soupapes de sécurité dans les cocottes minute>>, émigré en Amérique avec Fulton, revint en Europe après avoir triomphé des vicissitudes d’une enfance tourmentée.
Quittant les fleuves aux ondes tranquilles, le bateau à roues affronte les colères de l’océan, qu’il traverse pour la première fois d’Angleterre en Amérique en 1826.
.C’est au soir de Sidi-Ferruch que le Sphinx, premier navire à vapeur de la flotte Française, porte à Toulon la nouvelle du débarquement de l’armée de Bourmont.
Cependant, les roues fragiles s’opposent à leurs l’emplois dans les combats. Ce nouveau et disgracieux engin, considéré comme excellent moyen de transport et un utile auxiliaire pour remorquer les vaisseaux immobilisés par le calme, mais sans valeur militaire propre. Soudain, l’apparition de l’hélice, invulnérable au canon et au choc des lames, fait faire un pas de géant à l’invention nouvelle, et l’on envisage l’application de la machine à feu aux bâtiments de ligne.
Le Napoléon, vaisseau rapide de Dupuy de Lôme, bientôt suivi de la Gloire, aux flancs couverts de fer, marquent la transition entre vaisseaux de Santé et le cuirassé, qui peu à peu, à la façon des animaux perdant leurs membres atrophiés par l’inaction, voit son imposante mâture se rétrécir et disparaître tandis que son épaisse membrure en bois fait place à la construction acier, plus légère et plus rapide. A l’inverse » de ce qui se passe dans le règne animal, le papillon retourne à l’état de chrysalide, mais non pas de chrysalide inerte, car, s’il a perdu ses blanches ailes qui s’ouvraient naguère au souffle régulier de l’alizé, le vaisseau, c’est à l’intérieur qu’il concentre son énergie, devenue assez forte pour dompter les violentes tempêtes.
Quand la métamorphose est achevée, plus rein ne subsiste m^me pas les magnifiques voilures qui étaient jadis l’orgueil des équipages.
Il suffira de modifications légères pour passer du bâtiment de surface au navire submersible pouvant se mouvoir dans l’espace liquide à trois dimensions.
Mais les ailes ne tardent pas à reprendre sur mer l’importance qu’elles eurent jadis. Adaptées sur de légers flotteurs et munies de vigoureux moteurs, elles donnent naissance à l’hydravion, destiné à devenir le moyen de transport le plus rapide de demain,.
Le personnel a lui-même évolué. Aux gabiers qui vivaient dans le royaume aérien de la mâture ont succédé les mécaniciens qui actionnent les machines dans les fonds des bâtiments modernes. L’officier qui de la dunette de son navire scrutait l’horizon pour prévoir jusqu’aux moindres orages ; l’officier de nos jours s’en rapporte aux instruments qui garnissent les abris de navigation pour diriger sa route . Le combat d’abordage a disparu avec les derniers corsaires de l’empire, et c’est à , l’extrême limite de visibilité qu’à la bataille du Jutland canonniers Anglais et Allemands détruisent en quelques minutes les puissants croiseurs de bataille modernes.
Aussi bien, la lutte millénaire de l’homme contre l’océan s’est terminée par la victoire du < roseau pensant > et la mer qui mettait jadis les bornes au développement économique des peuples, est devenue la voie la plus directe reliant les nations maritimes. Contrées torrides aux solitudes polaires, l’homme a soumis à se volonté le plus vaste élément de le surface du globe, et, dans sa marche fatale vers le progrès, c’est désormais vers la conquête de l’atmosphère que se dirige l’humanité.
Robert Fluton
premier navire a roues
Fulton sur la seine
invention Fulton
Fulton
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