Histoire improbable
Nous sommes samedi soir, une semaine avant Noël et un cadeau vient de me tomber dessus par le plus grand des hasards. En effet, accompagnant ma chère et tendre à un Match de Handball !!!!! Je me trouve assis à coté du père d’une joueuse de son équipe. Vous me direz jusque là rien de bien passionnant.
Mais car il y a un Mais, Monsieur Guillerm pour ne pas le citer commence à me parler de la pêche avec son bateau sur la côte sauvage et de sa saison de pêche prés de Meheman à Kerlouan et moi de lui conter mes virées sur Molène, Litiri vers le Conquet avec mon bateau et celui du CSA.
Puis d’un coup il me demande si je plonge ???, « Un peu lui dis je en souriant » car doté d’un matériel très ancien « fensy », 12 litres et mistral, mon ami plonge régulièrement en solo pour aider les plaisanciers qui ont, soit une avarie (filet, bout dans les hélices), soit perdus un casier dans ces parages mouvementés et rocailleux du Finistère Nord appelé PAYS PAGAN.
Et enfin il me livre le scoop, je le cite « Mais un jour il faudrait que j’aille plonger sur une épave vers chez toi, une épave que mon père connaissait bien pour y avoir été marin ». Surpris par cette déclaration je lui demande quel est le nom de cette épave « le Kleber, croiseur cuirassé coulé le 22 juin 1917 au large du Conquet"
Vous imaginaient ma tête en entendant cette phrase, j’étais devant un descendant direct d’un marin ayant navigué sur une des épaves que nous affectionnons le plus, le fameux croiseur cuirassé Kleber, 130 m de longueur et coulé par 45/48 m de profondeur vers la basse royale.
Et il commence à me raconter le naufrage, Ce matin là, le 22 juin 1917 à l’aube, Mon père qui était matelot sur le Kleber était à la barre avec l’officier de garde lorsqu’en faisant leur approche pour s’aligner sur le goulet de Brest, la vigie annonce une mine flottante sur Bâbord. Tout de suite l’officier appelle le Commandant LAGORIO, et il me cite le nom du commandant, qui décide pour protéger d’autres navires de faire exploser la mine, mais alors que l’équipage se prépare à tirer un bruit énorme résonne à tribord du navire, une mine que personne n’avait vue.
A ce moment là, inutile de vous préciser que le match de handball n’avait plus beaucoup d’intérêt a mes yeux et que je buvais les paroles de cet homme qui par le récit de son père me relatait l’histoire d’un marin présent le jour du Naufrage.
Et il poursuit « Mon père qui avait 17 ans avait de l’argent dans ses affaires, alors que le navire commençait à giter par l’avant, il décida d’aller chercher son argent, en arrivant dans le quartier des matelots, l’eau lui arrivait déjà aux genoux et ce n’est qu’après qu’il se rendit compte que cette action faillit lui couter la vie. En remontant sur le pont, il n’y avait plus de gilet de sauvetage, il du retourner en chercher un dans les coursives inferieurs et enfin trouva son bonheur. Sur ordre de l’équipage et voyant de nombreux bateaux autour du navire, lui et les centaines de marins du Kléber sautèrent à l’eau et furent récupérés par l’armada de pêcheurs venus autour du croiseur agonisant. »
Incroyable, il venait de me raconter l’histoire comme son père lui avait raconté des années plus tôt.
Me voyant intéressé, il me raconte également que "le kléber dans les dardanelles coupa en deux un navire Britannique et qu’il fut à deux doigts de s’échouer sur un banc de sable turc et que ce n’est qu’avec le transport des sacs de charbons de l’avant vers l’arrière que le kléber sorti de ce mauvais pas sous les tirs de l’armée turque !!! inutile de dire que les canons du "K" répliquèrent aussitôt et que les turcs devant cette puissance de feu allèrent voir ailleurs ce qui s’y passait."
Voilà, le hasard fait souvent bien les choses, je remercie Mr Guillerm pour ce moment de partage sincère et désintéressé. En échange je lui ai envoyé toutes les photos, plans et articles que nous avons récoltés depuis des années sur le navire ou jadis son père servait la France comme Matelot.
Au fait le match, les verts ont gagnées et reste 1ère, même au hand on continue à plonger.............dans le passé.
Alain Flour
17/12/2006
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